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Freddy Tsimba était l’invité culture de la radio France Culture, samedi 14 décembre 2018. Il a bien sûr été question de son oeuvre, « Porteuse de vies ». 

C’est une œuvre qui représente le corps d’une femme sans tête et qui porte un livre dans sa seule main droite. Elle fait presque 5 mètres de haut et est constituée de 220 kilos de douilles usagées. Je les ai ramassées au Congo sur des lieux compliqués, dangereux. Je me déguisais en fou pour pouvoir accéder à certains de ces lieux car j’avais plus de liberté dans ces cas-là. J’ai même été arrêté une fois et j’ai du rester 3 mois dans un lieu : on ne voulait pas me laisser libre car on pensait que j’étais un rebelle. Pour m’en sortir, j’ai même dû mentir et dire que j’avais besoin de ces douilles pour faire des marmites… Mais, je n’ai pas ramassé que des douilles, je cherchais également des clés. Je voulais les utiliser pour constituer le livre qu’elle porte dans sa main. Le livre, c’est la connaissance, le partage… et je l’ai voulu ouvert pour le faire ressembler à un oiseau qui prend son envol. Un livre comme des clés que j’offre à tout le monde : des clés d’accueil, d’ouverture et de partage. Enfin, sans tête, car je ne voulais pas donner un visage à ce corps de femme universelle, je ne voulais pas le faire moi car je voulais laisser libre à chacun d’y imaginer celle qu’il voulait. 

L’inauguration fût un moment vraiment émouvant et inoubliable. Il y avait des membres de ma famille alors que c’est toujours très compliqué d’obtenir des visas pour venir en France. Ma grand-mère était là ! Avec cette œuvre « Porteuse de vies », je voulais rendre hommage à toutes ces femmes qui sont victimes, ce sont elles, les premières qui souffrent mais qui sont si importantes. A toutes les femmes. J’essaye d’utiliser les expériences que je vis moi-même pour les transformer en art. Je suis humain, je ne fais pas de politique, juste humain, un observateur qui veut faire des œuvres pour qu’ils restent dans le temps. 

Freddy Tsimba ne fait certes pas de politique mais reste un observateur averti des événements qui se passent actuellement, aussi bien en France qu’au Congo :

En France et depuis quelques semaines, il y a des événements : les gens se rassemblent et revendiquent un certain de choses. Ils savent ce qu’ils veulent et savent que l’on a besoin de tout le monde pour que ça aille mieux. Chez moi, au Congo, il y a des élections et les violences s’y multiplient depuis quelques jours. J’aurais d’ailleurs voulu participer à ce moment-là de mon pays et de pourvoir voter pour ces élections mais, malheureusement, il n’est pas possible de voter à distance et c’est bien dommage. Les congolais aiment la vie, il faut juste que chacun regarde l’autre en face, avec un esprit d’ouverture et on pourrait y arriver. Il y a tellement de richesses dans ce pays. 

Des richesses, le pays de Freddy Tsimba en a et en a eu dans son histoire et dans son art également. Le  président Emmanuel Macron a reçu, en novembre dernier, un rapport sur la restitution du patrimoine africain, qui préconise une restitution rapide des œuvres d’art pillées par la France coloniales.

Je pense que ça serait un geste fort car ces œuvres qui sont arrivées ici ont été pris, pas donné. Les rendre, ça serait moral et fort. Les enfants qui naissent aujourd’hui devraient voir ces œuvres qui ont fait leur histoire. Il faut le faire vers les pays qui sont prêts. Mais ça serait soigner les blessures car tout cela nous a été pris. 

Le premier choix musical de Freddy Tsimba : Biloko ya boye de Alesh. 

Alesh a beaucoup de talent. Il vit à Kinshasa, il parle de ce qui ne va pas, il parte d’un chauffeur de taxi qui ne respect pas les clients, des politiciens qui ne s’occupent pas des autres, de l’argent de l’état qui est détourné : de ce qui va et ce qui ne va pas. 

Le deuxième choix musical de Freddy Tsimba : Nakeyi Abidjan de Docteur Nico : 

C’est Docteur Nico, un grand musicien guitariste, il chante ici un voyage qu’il a fait à Abidjan. Il cherche une femme qu’il y a vu, et il la cherche partout. 

Pour aller plus loin:
Le site du sculpteur Freddy Tsimba.
Le site du Théâtre national de la Danse

*à l’occasion du 70e anniversaire de la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme le 10 décembre 2018. Don réalisé grâce au soutien des entreprises : Alvarez & Marsal, Amundi, Ayming, Dentsu Aegis Network, Groupama, Orange, SNCF Réseau et TILDER.