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Source: Télérama

L’artiste congolais Freddy Tsimba, qui soude des matériaux récoltés sur les zones de guerre, signe une œuvre monumentale constituée de douilles de cartouches, à l’occasion des 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

La tête, le torse, les membres… Le corps tout entier est constitué de 20 000 douilles de cartouches qui ont réellement été tirées. Elles sont la matière première de Freddy Tsimba, sculpteur congolais qui vient de terminer la Porteuse de vies, une femme culminant à plus de trois mètres (plus de quatre mètres avec son socle). L’œuvre est érigée au pied du grand escalier du Palais de Chaillot, au pied de La Tragédie, fresque monumentale historique de Louis Billotey. Inaugurée le 6 décembre, elle enrichit les ornements du bâtiment, pour la première fois depuis sa construction en 1937, afin de marquer le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui fut signée entre ces murs le 10 décembre 1948.

En découvrant la sculpture en cours de réalisation, dans un sous-sol du palais, Alain Platel est resté sans voix : « Que dire… silence. » Fin novembre, le metteur en scène et chorégraphe belge présentait le spectacle Requiem pour L. quand il est tombé, par hasard, dans un couloir du théâtre, sur le plasticien Freddy Tsimba. Les deux artistes se connaissent : le Congolais avait déjà réalisé le décor de Coup fatal, créé par Platel en 2014 et présenté au Festival d’Avignon, au moyen des douilles ramassées dans les zones de guerre de son pays. Avant de poser les pieds au Trocadero, la Porteuse de vies a voyagé en pièces détachées depuis Kinshasa. Freddy Tsimba y possède son atelier, entouré de créatures auxquelles les écoliers et les curieux rendent visite.

Aujourd’hui âgé de 51 ans, et toujours coiffé de dreadlocks, Freddy Tsimba a grandi dans ces rues défoncées du quartier de Matonge, caractéristique du chaos propre à la capitale de la République démocratique du Congo. Une enfance au rythme de la rumba, à deux pas du Vis-à-Vis, la boîte où se produit Papa Wemba, et de Zadis, le disquaire qui vend les albums de Franco et Rochereau. Une enfance à l’école de la débrouille, aussi, parmi quinze frères et sœurs dans une famille pas mieux lotie que celles des maisons voisines.

De l’or dans les mains

Mais le petit Freddy a de l’or dans les mains. Quand une fumée s’élève au loin, souvent pour signaler un deuil, il court récupérer les fils de fer dans les résidus des pneus qui viennent de brûler. Avec ce matériau, il bricole des voitures miniatures qui lui rapportent quelques pièces. Son coup de crayon est tel que les cinémas projettent pour lui les films nouvellement arrivés et, marquant un arrêt sur image, lui demandent de dessiner une affiche pour attirer le chaland. Freddy n’a encore que 12 ans.

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