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Freddy Tsimba

Freddy Tsimba est un artiste-sculpteur originaire de la République Démocratique du Congo, né à Kinshasa en 1967.

Il termine ses études à l’Académie des Beaux Arts de Kinshasa en option sculpture monumentale en 1989 et travaille depuis lors le bronze et le ciment. Il doit sa notoriété à plus d’une cinquantaine d’expositions en Afrique, en Europe, au Canada et en Chine. Il a obtenu de nombreux prix et distinctions en France et au Canada.

Ma vraie école, même si j’ai fait les Beaux-Arts de Kinshasa, c’est la rue où je me fournis en abondance. Mes maîtres ont été les forgerons auprès desquels pendant 5 ans j’ai appris la technique du feu et de la soudure.

Freddy Tsimba fut l’un des plus intéressants représentants de la République Démocratique du Congo à la 7ème Biennale de Dakar en 2002. Assemblant et soudant des matériaux de récupération – ici des douilles de cartouches, là des cuillères – il dénonce les tragédies engendrées par la guerre. Par ses sculptures expressionnistes morcelées et provocatrices, il témoigne des questions essentielles de l’humanité et de ses réponses ravageuses et universelles.

En décembre 2018, dans le cadre de la célébration du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, une de ses sculptures, Porteuse de vies, a été offerte au Théâtre national de Chaillot à Paris, enrichissant ses décors pour la première fois depuis 1937.

DEMARCHE

Freddy Tsimba est cet artiste qui arpente les champs de batailles des guerres gigognes qui ont inutilement endeuillé le Congo pour y glaner des ferrailles de guerre qui forment les matériaux de son art.

Il est cet artiste qui témoigne : « J’exploite les expressions des gens, ce qui leur arrive ou m’arrive à moi-même, et essaie de les traduire dans mes œuvres. C’est pourquoi le sentiment de souffrance est si présent, mais ça ne signifie pas que j’aime la souffrance, j’essaie seulement de montrer celle des autres. Je m’oriente vers les œuvres monumentales et récupère des tôles auxquelles j’essaie de donner forme et vie à ma façon y découpant des personnages que j’appelle des silhouettes. Cela reflète ma vision du monde, ou plutôt l’évolution du monde que je souhaite : un monde sans souffrance. »

Il est cet artiste qui brave la vie grâce à son art : « L’art me permet avant tout d’exister. J’observe ce qui se passe autour de moi, et quand je vais dans mon atelier, « mon couloir humanitaire » comme je le nomme, j’y vomis tout ce que la rue m’a donné de voir, à travers ce que je touche, fil de fer, tôle, etc., pour rendre hommage à ces gens qui sont partout victimes des injustices d’autres personnes, des incompréhensions. Etre artiste, c’est une obsession. On ne l’est pas parce qu’on gagne quelque chose, mais on l’est parce qu’on aime ce qu’on fait et qu’on y croit. Au Canada, quand j’ai présenté ma sculpture, des gens m’ont avoué avoir pleuré. Touché, j’étais content que quelque part, si loin de mon pays, des gens puissent lire ce que je voulais exprimer : un message de paix pour le monde entier ! Je suis convaincu que la guerre n’apporte rien, ni au vainqueur ni au vaincu.« 

Il est cet artiste qui s’assume : « Ma force me vient de mes œuvres. Je ne suis pas là pour séduire, je suis là pour témoigner. Pour réaliser mes sculptures, je risque ma peau et elle n’a pas de prix. J’ai récupéré dix mille cartouches dans des zones difficiles pour réaliser mes sculptures mais combien en reste-t-il ? Des tonnes ! Et elles sont porteuses de l’histoire tragique de mon pays (NDLR : République démocratique du Congo). Mon but n’est pas de faire un travail pour plaire à un groupe de gens qui ont de l’argent ! Ce serait me trahir. Est-ce que réellement l’artiste doit plaire ? S’il plait tant mieux mais s’il ne plaît pas et qu’il est dans le vrai, tant mieux aussi !« 

Il est ce sculpteur dont l’oeuvre porte en elle des signes de refus et de contestations, elle est un cri de douleur et d’espoir. Ses réalisations sont autant de sonnettes d’alarme sur les mutations d’un monde effaré, suintant de souffrances, de cris réprimés d’où peut encore surgir l’espoir, gisant, comme recueilli du fond des êtres si tant est qu’on veuille bien l’y chercher. Si sa sculpture constitue un témoignage, elle est surtout une œuvre artistique qui transcende les éphémérides pour s’inscrire par la transfiguration de son génie créatif dans l’intemporel et l’universel. La charge symbolique de son travail ne manquera pas de s’imposer aux yeux de tous…